Windows CE 2.11 tourne vraiment sur une Nintendo 64, et c’est fou
Moi, Marc, technicien informatique indépendant depuis quinze ans, j’ai vu passer des trucs chelous sur mon établi. Des PC qui bootent sur des clés USB corrompues, des serveurs qui redémarrent tout seuls à 3h du mat’ comme si Windows Update avait encore frappé. Mais là, ThroatyMumbo vient de me retourner le cerveau : il a fait tourner Windows CE 2.11 sur une vraie Nintendo 64. Pas un émulateur, pas une simulation. Une console de salon, avec ses cartouches, son port manette, et son processeur R4300i à 93,75 MHz qui se tape un vrai Windows 32 bits comme au bon vieux temps.
Autant dire que si vous pensiez que le pire bug que j’avais vu était un PC qui affichait des BSOD tous les quarts d’heure à cause d’une RAM pourrie, préparez-vous à avaler votre café de travers. Parce que là, on parle d’un exploit hardware pur jus, à un cheveu de vouloir faire tourner Photoshop CS6 sur un toaster.
Windows CE, ce fantôme des années 90 que Microsoft a enterré trop vite
Pour ceux qui ont oublié (ou qui ont eu la chance de ne pas connaître), Windows CE 2.11, c’était le truc que Microsoft balançait sur les PDA, les routeurs Linksys dégueulasses, et ces écrans tactiles de poivrier qui servaient à rien. Un Windows ultra-allégé, sans interface graphique lourde, avec un noyau capable de tourner sur 16 Mo de RAM. Oui, vous avez bien lu : 16 Mo. La Nintendo 64, elle, elle a 4 Mo de RAM. Quatre. Et pourtant, contre toute attente, ça boot.
Mine de rien, c’est comme si on essayait de faire tenir un éléphant dans un bocal à cornichons. Sauf que Microsoft a réussi à convaincre les constructeurs que c’était parfaitement normal. Résultat : des années à expliquer à des clients que non, leur Pocket PC 2002 n’avait pas besoin de plus de 32 Mo de stockage, et que si, on pouvait lancer Excel dessus.
J’ai vu ça des dizaines de fois en atelier. Un client qui me ramène un assistant personnel Casio, avec Windows CE 3.0, en me disant : « Marc, il est lent. » Moi, en levant un sourcil : « Mon pote, faudrait déjà que tu aies assez de RAM pour lancer autre chose que le Bloc-notes. » Et lui de me sortir un sourire gêné en disant : « Ah oui, c’est vrai. »
Mais ThroatyMumbo, lui, il a poussé le concept plus loin que Microsoft lui-même. Il a pris cette version de Windows, conçue pour des appareils low-cost et jetables, et il l’a forcée à tourner sur une console de jeu haut de gamme. Sans virtualisation, sans contournement, juste du code qui défonce le hardware sans pitié.
La N64 qui devient un vrai PC : comment c’est possible ?
Alors, comment on fait ça ? Déjà, il faut comprendre que la Nintendo 64, côté architecte, c’est une usine à gaz. Le processeur est un MIPS, pas un x86, donc Windows CE (qui est aussi MIPS-compatible depuis la version 2.1) avait déjà une porte d’entrée. Mais le vrai problème, c’est la mémoire. Quatre malheureux mégaoctets. Pour un OS qui pèse déjà quelques mégaoctets au démarrage. Alors oui, Windows CE 2.11, c’est léger. Mais quand même.
ThroatyMumbo a dû :**
- Compiler un noyau custom avec des options de stockage minimal.
- Désactiver tout ce qui n’était pas essentiel : le réseau, le son, l’accélération 3D.
- Trouver un moyen d’afficher l’interface via le port cartouche, puisque la N64 n’a pas de sortie VGA.
- Et surtout, faire en sorte que le système reconnaisse les joypads comme des périphériques d’entrée, parce que bonjour la galère.
Et le plus fou ? Ça marche. La console démarre. La barre des tâches s’affiche. L’explorateur de fichiers s’ouvre. On peut même lancer des programmes CE depuis un menu. Le tout en 4 Mo de RAM, avec un CPU qui date de l’époque où le monde croyait encore aux dot-com.
Moi, personnellement, j’appelle ça de l’art. Ou alors de la folie. Les deux, probablement.
D’ailleurs, si vous voulez voir la vidéo de démo, elle est sur YouTube. Spoiler : ça lag comme un PC sous Windows 95 avec 8 Mo de RAM. Mais bon, on est sur une console de jeu des années 90. Donc oui, c’est censé laguer.
Pourquoi Microsoft a laissé tomber Windows CE ? Parce que c’était trop simple
Windows CE, c’était le Windows des pauvres. Celui qu’on mettait sur des appareils qui n’avaient pas besoin de plus de 100 MHz, 32 Mo de RAM, et 1 Mo de stockage. Sauf que très vite, les constructeurs ont commencé à en abuser. Des routeurs, des bornes interactives, des frigos connectés. Et devinez quoi ? Microsoft a réalisé que ça rapportait rien.
Alors ils ont tué Windows CE. Enfin, officiellement. Dans les faits, ils ont juste arrêté de le pousser. Windows Embedded Compact (son successeur) a connu le même sort. Aujourd’hui, si vous voulez un Windows pour un appareil embarqué, vous avez deux choix : soit vous prenez Windows IoT Core (qui est une blague), soit vous passez à Linux comme tout le monde.
Mais le plus drôle, c’est que Windows CE 2.11 est toujours utilisé. Pas officiellement, bien sûr. Mais dans des coins obscurs où personne ne va vérifier. Des systèmes industriels abandonnés, des vieilles machines à sous, des bornes de péage. Des trucs que personne ne met à jour depuis 2003, et qui continuent de tourner parce que « ça marche, alors pourquoi changer ? »
Et moi, Marc, je vous le dis : c’est exactement pour ça que je gagne ma vie. Parce que personne ne veut toucher à ces trucs. Un client qui me appelle en me disant : « Mon automate bancaire affiche une erreur 0x8000000A » et qui panique à l’idée de toucher à la machine, c’est mon pain quotidien.
Alors quand je vois ThroatyMumbo prendre ce Windows CE et le balancer sur une N64 juste pour le fun, je me dis : « Enfin quelqu’un qui comprend l’esprit hacker. »
Ce projet, c’est soit un génie, soit un fou. Ou les deux
Je ne sais pas si ThroatyMumbo est un développeur renommé ou un passionné qui a passé trois week-ends à crier sur son clavier. Ce que je sais, c’est que son projet, c’est la preuve que Windows CE a encore de la marge.
Et ça me fait rire jaune. Parce que moi, je suis le type qui doit expliquer à un client que son vieux serveur qui tourne sous Windows NT 4.0 « peut encore servir ». Lui, il veut juste un PC « plus moderne ». Et moi, je dois lui dire : « Écoutez, Microsoft a arrêté les mises à jour il y a 20 ans. C’est comme si vous conduisiez une Fiat 500 des années 80 avec 5 millions de kilomètres au compteur. Oui, ça roule. Mais bonjour les risques. »
Alors oui, Windows CE 2.11 sur N64, c’est probablement le truc le plus inutile de l’année. Mais c’est aussi la preuve qu’on peut faire tenir un OS moderne (enfin, moderne pour 1998) sur n’importe quoi, du moment qu’on a les tripes pour le faire.
Et ça, c’est exactement le genre de projet qui me fait aimer mon métier. Parce que dans mon atelier, je vois trop souvent des gens qui veulent « moderniser » sans comprendre pourquoi leur système marche. ThroatyMumbo, lui, il a compris. Il n’a pas cherché à remplacer la N64. Il l’a poussée à ses limites.
Du coup, si un jour vous croisez un type qui vous dit : « Mais Marc, à quoi ça sert ? », vous pouvez lui répondre : « À prouver que même Windows CE peut tenir sur un truc qui n’a pas été conçu pour ça. Et ça, mon vieux, c’est de l’ingénierie pure. »
Et accessoirement, à rappeler à Microsoft qu’ils ont jeté un OS qui avait encore du potentiel dans son coin, comme on jette une clé USB corrompue.
Alors, on tente le coup chez vous ?
Si vous avez envie de reproduire l’exploit (et je vous préviens, c’est pas pour les faibles), voici ce qu’il vous faut :
- Une Nintendo 64 en état de marche (avec ses cartouches de développement si possible).
- Un adaptateur cartouche pour injecter Windows CE (oui, ThroatyMumbo a dû en bidouiller un).
- Une bonne dose de patience. Parce que si vous n’avez jamais compilé un noyau Linux ou Windows CE, vous allez souffrir.
- Et surtout, un câble série pour le debug. Parce que sans console, vous allez être comme un aveugle avec un marteau-piqueur.
Oh, et accessoirement… un budget illimité. Parce que trouver une cartouche de développement pour N64, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin en feu.
Moi, Marc, je vous le dis cash : ne tentez pas ça chez vous. Ou alors, faites-le vraiment pour le fun. Parce que si vous voulez un vrai PC rétro, il y a des solutions bien plus simples : un Raspberry Pi, un vieux IBM ThinkPad, ou même un Mac PowerBook G4 pour les nostalgiques.
Mais si vous insistez, envoyez-moi une photo. Histoire de voir si vous avez réussi à casser votre console au passage. Parce que moi, je parie sur un brick avant la fin de la première heure.
En attendant, si vous voulez voir la démo en vidéo, elle est ici sur Korben. Et moi, je retourne à mes clients qui veulent « juste un petit coup de neuf » sur leur Windows XP.
Source : article original