QBZ ferme ses portes : quand Qobuz coupe l’herbe sous le pied du client qobuz linux
La nouvelle m’est tombée dessus mardi matin, entre deux dépannages. Un client qobuz linux, justement, m’appelle parce que son QBZ ne se lance plus. Je vérifie, je cherche, je tombe sur le dépôt GitHub. Fermé. Archivé. Le développeur a jeté l’éponge sur demande directe de Qobuz. Autant dire que la journée commençait bien.
Pour ceux qui débarquent : QBZ, c’était LE client tiers Qobuz pour Linux. Open source, bit-perfect, sans Electron, sans usine à gaz. Le genre de projet qu’on installe sur une machine de mélomane et qu’on oublie tellement il fait le job. Sauf que voilà, faire le job mieux que le client officiel, visiblement, ça ne plaît pas à tout le monde.
Ce que Qobuz a demandé, ce que le dev a répondu
Le support Qobuz a contacté l’auteur de QBZ. Motif officiel : utilisation non autorisée de l’API et de la marque. Le développeur a obéi. Pas de procès, pas de drama public, pas de bras de fer. Il a simplement annoncé la fin du projet sur le dépôt et retiré les binaires.
Je ne suis pas certain à 100% des détails juridiques exacts de l’échange, mais d’après mon expérience en atelier avec ce genre de guéguerre éditeur/open source, la réalité est toujours plus grise que le communiqué. Qobuz a le droit de protéger son API. Le dev a le droit de plier pour éviter les emmerdes. Et l’utilisateur, lui, prend tout dans la figure.
Ce qui m’agace, pour être honnête, c’est le timing. QBZ marchait. Bien. Mieux que le client web officiel qui te sort du 16 bits déguisé en Hi-Res dès que ton navigateur décide de faire sa diva. On parle d’un outil qui gérait le bit-perfect correctement sur ALSA, sans passer par PulseAudio qui retraite tout à la volée. Le genre de détail qui compte quand t’as lâché 2000 balles dans un DAC.
Bit-perfect : le mot qui fâche
Pour les non-initiés : bit-perfect, ça veut dire que le flux audio sort de ta machine exactement comme il est arrivé du serveur. Zéro rééchantillonnage, zéro mixage, zéro traitement. Sous Linux, c’est un vrai chemin de croix à obtenir selon les distros et les cartes son. QBZ avait résolu ce problème. Voilà pourquoi sa disparition fait mal.
Pourquoi un client qobuz linux tiers dérange autant
Posons les choses. Qobuz vend un service de streaming hi-res. Son client officiel desktop, c’est une app Electron lourde, lente, et sur Linux, autant dire que le support est cosmétique. La version web rame. L’appli mobile est correcte mais ce n’est pas le sujet ici.
QBZ arrivait avec une approche différente : natif, léger, respectueux des API audio bas niveau. Mine de rien, c’est exactement ce que réclame la communauté audiophile sous Linux depuis des années. Une niche, mais une niche qui paie son abonnement Qobuz plein pot.
Alors pourquoi fermer ? Trois hypothèses, et je vous les donne sans filtre :
- Contrôle de l’expérience utilisateur : Qobuz veut maîtriser son écosystème, point. Un client tiers, ça échappe au contrôle qualité et au tracking.
- Peur du précédent : si QBZ marche, demain un autre dev fait pareil pour Deezer, Tidal, et Qobuz perd la main sur son propre produit.
- Pression des ayants droit : le bit-perfect, ça facilite aussi la copie propre. Les labels n’aiment pas trop ça.
Je penche pour un mélange des trois. La vérité, c’est qu’aucun service de streaming ne veut d’un client tiers libre. Spotify a laissé faire Librespot jusqu’à un certain point. Tidal a serré la vis. Qobuz fait pareil. Logique commerciale, mauvaise nouvelle pour nous.
Ce qu’il reste du code, et ce que vous pouvez encore faire
Bonne nouvelle pour ceux qui avaient déjà installé QBZ : si le binaire tourne encore sur votre machine, il continue de tourner. Qobuz ne peut pas effacer ce qui est chez vous. Du coup, mon conseil de technicien : ne mettez pas à jour, ne désinstallez rien, et surtout, sauvegardez votre configuration.
Le code source, lui, reste accessible via les forks et les miroirs qui ont fleuri dans les heures suivant l’annonce. Le dépôt principal est archivé, mais GitHub a ceci de pratique que rien ne disparaît vraiment. Histoire de ne pas perdre la mémoire du projet, certains ont déjà republié des snapshots.
Attention cependant : tant que Qobuz n’a pas changé ses clés d’API, une version figée fonctionnera. Le jour où ils rotatent les credentials, tout s’arrête net. Je ne sais pas quand ça arrivera. Peut-être jamais, peut-être la semaine prochaine. C’est le jeu.
Les alternatives qui tiennent encore debout
Si vous cherchez un remplacement fonctionnel sous Linux, voilà ce que je vois passer en atelier :
- Le client web officiel : marche, mais bloqué souvent en 16/44.1 selon le navigateur. Pas bit-perfect pour un sou.
- Roon : excellent, mais payant, et il faut un serveur dédié. Overkill pour beaucoup.
- Audirvana : support Linux inexistant ou anecdotique. Circulez.
- MPD + upmpdcli : bricolage possible avec des scripts, mais faut aimer la ligne de commande. Et encore, ça ne parle pas nativement à Qobuz.
- BubbleUPnP sur Android + serveur DLNA : ça marche, mais c’est du contournement permanent.
Autant dire qu’aucune de ces options ne remplace vraiment QBZ. Le trou est béant.
Mon avis tranché : Qobuz se tire une balle dans le pied
Je vais être direct. Qobuz vend du hi-res à des gens qui ont du matériel hi-res. Ces gens, une bonne partie, tournent sous Linux ou sous des setups audio custom. En fermant QBZ, Qobuz ne protège rien. Il énerve précisément sa clientèle la plus fidèle et la plus dépensière.
Windows a encore tout cassé avec ses MAJ audio à la noix, macOS fait des caprices avec les drivers, et Linux était le dernier endroit où un audiophile pouvait avoir un chemin bit-perfect propre sans se ruiner. QBZ était ce chemin. Il n’existe plus.
Ma prédiction, et je peux me tromper : dans six mois, un fork réapparaîtra sous un autre nom, avec une API détournée ou un proxy maison. Ça s’est toujours passé comme ça. Les projets audio libres ne meurent jamais vraiment. Ils se planquent, ils se renomment, et ils reviennent.
En attendant, si QBZ tourne chez vous : ne touchez à rien. Faites une image disque de votre système si vous êtes parano. Et croisez les doigts pour que Qobuz ne rotate pas ses clés trop vite.
Source : QBZ, le client Qobuz pour Linux c’est terminé ! — Les news de Korben.
Source : article original