Jouer aux jeux PC sur une Nintendo DSi de 2008 : le hack RNDS-Stream
Il y a des jours où je me dis que l’humanité n’a vraiment rien de mieux à faire. Hier soir, je tombe sur un projet qui permet de streamer des jeux PC Nintendo DSi sur une console portable sortie en 2008. Une DSi. Celle avec deux écrans de 256×192 pixels. Celle qui ramait déjà à faire tourner un pauvre site WAP. Voilà que des gens s’amusent à y faire passer du Cyberpunk ou du Elden Ring par le réseau local. Et pour être honnête, je trouve ça absolument génial.
Le projet s’appelle RNDS-Stream. C’est expérimental. C’est une version 0.1.0. Et il n’y a pas de son. Autant dire qu’on est loin du Steam Deck, mais alors très loin. Sauf que mine de rien, c’est exactement le genre de bidouille qui me rappelle pourquoi je suis tombé dans l’informatique il y a quinze ans. Pas pour installer des imprimantes réseau chez des cabinets comptables. Pour ça.
RNDS-Stream : des jeux PC Nintendo DSi en MJPEG sur le réseau local
Alors comment ça marche, cette tambouille ? Le principe est bête comme chou, et c’est souvent là que les meilleurs hacks se cachent. Un PC sous Linux fait tourner le jeu. Il capture l’image, la compresse en MJPEG, et l’envoie sur le réseau local à la DSi. La console, elle, se contente d’afficher le flux reçu. Pas de calcul 3D, pas de rendu local, juste un affichage d’images.
Du coup, la DSi devient une sorte de terminal d’affichage. Une télécommande visuelle, quoi. Évidemment Windows ne fait pas partie de l’équation, parce que pourquoi faire simple quand on peut exiger Linux. Je ne suis pas certain à 100%, mais d’après mon expérience en atelier, c’est typiquement le genre de projet où le développeur a bricolé ça sur sa propre machine Ubuntu un dimanche après-midi et s’est dit « tiens, si je le mettais sur GitHub ». Respect.
Ce qu’il faut pour se lancer
Avant de crier au miracle, il faut savoir que ce n’est pas plug and play. Pas du tout. Il y a un prérequis qui va en refroidir plus d’un.
- Une Nintendo DSi (la vraie, pas une émulation)
- Un flashcart compatible, type R4 ou équivalent
- Un PC sous Linux sur le même réseau local
- De la patience, beaucoup de patience
- Une tolérance élevée à la frustration technique
Le flashcart, c’est le sésame. Sans lui, tu ne fais rien. Tu regardes ta DSi et tu pleures. Autant dire que si tu n’as pas déjà ce genre de matériel qui traîne dans un tiroir depuis 2010, l’aventure commence par une commande sur un site douteux. Bon courage pour expliquer ça à ta banque quand le paiement coince.
MJPEG, latence et absence de son : la réalité du terrain
Parlons franchement. Le MJPEG, c’est vieux. C’est lourd. Ça bouffe de la bande passante comme un stagiaire bouffe des croissants le lundi matin. Chaque image est compressée indépendamment, ce qui veut dire qu’on n’a aucune optimisation entre les frames. Sur un réseau local Gigabit, ça passe. Sur du Wi-Fi faiblard, oublie.
Et puis il y a le son. Il n’y en a pas. Zéro. Nada. Tu vas donc jouer à ton RPG préféré en silence total, comme au cinéma muet. C’est une expérience, disons, particulière. Autant regarder un film de Tarantino sans les dialogues, tu perds 80% du truc.
La latence, elle, dépend de ton infra. Sur du câble, ça peut rester jouable pour des jeux lents. Sur du Wi-Fi, attends-toi à des décalages qui transforment n’importe quel jeu d’action en séance de yoga involontaire. Je ne suis pas certain à 100%, mais d’après mon expérience en atelier, en dessous de 30 ms de latence on commence à pouvoir jouer à quelque chose de nerveux. Et là, on en est loin.
La semaine dernière, un client m’appelle parce que son NAS ne répondait plus. Trois heures plus tard, on avait trouvé le coupable : un câble Ethernet coincé sous le pied d’une chaise depuis six mois. Bref, je m’égare. Revenons à notre DSi.
Pourquoi ce hack me fascine autant qu’il m’agace
Il faut que je prenne position, parce que je vois déjà les commentaires fleurir sur les forums : « à quoi ça sert ? », « c’est inutile », « autant acheter un Steam Deck ». Ces gens n’ont rien compris. Le Steam Deck, c’est la solution. RNDS-Stream, c’est la question. Et c’est mille fois plus intéressant.
Personne n’a besoin de jouer à Baldur’s Gate 3 sur une DSi. Personne. Mais le fait que ce soit possible, techniquement, en 2024, avec du matériel de 2008, c’est exactement ce qui me fait kiffer l’informatique. C’est du détournement pur. C’est du « et si on essayait, juste pour voir ». C’est l’esprit du hacking originel, celui qui n’a pas besoin de business plan ni de levée de fonds.
Ce que ça dit de l’écosystème Nintendo DSi
La DSi a été abandonnée par Nintendo depuis belle lurette. Sa boutique en ligne est fermée. Ses serveurs sont éteints. Pourtant, quinze ans après, une communauté continue de la faire vivre. Mine de rien, c’est une leçon. Le matériel est mort, mais la scène homebrew, elle, ne l’est pas.
Et c’est là que je m’énerve un peu contre les experts en tout genre. Ceux qui te disent que le rétrogaming, c’est du passé, qu’il faut passer à autre chose, que l’émulation sur smartphone suffit. Non. La différence, c’est le contact physique avec la machine. Le clic du bouton. L’écran pourri qu’on incline pour mieux voir. La batterie qui tient trois heures si on a de la chance. C’est ça, l’expérience. Pas un émulateur dans un navigateur.
- Un hack expérimental mais fonctionnel
- Une communauté qui refuse l’obsolescence
- Une leçon d’ingénierie à contre-courant
- Zéro intérêt commercial, donc zéro compromis
Faut-il essayer ? Mon avis tranché de technicien
Si tu as déjà un flashcart qui traîne, une DSi au fond d’un carton et un PC Linux sous la main, lance-toi. C’est gratuit, c’est amusant, et tu pourras frimer en soirée en disant que tu as streamé des jeux PC sur une console de 2008. Par contre, si tu dois acheter du matériel exprès pour ça, oublie. Le rapport emmerdement/plaisir est catastrophique.
Pour être honnête, je pense que ce projet va rester au stade de curiosité pour bidouilleurs. Version 0.1.0, pas de son, dépendance à Linux, flashcart obligatoire : autant dire que le grand public ne va jamais y toucher. Et c’est très bien comme ça. Certaines choses doivent rester dans le giron des passionnés.
Ce qui m’intéresse, c’est la suite. Si le développeur arrive à ajouter le son, à optimiser la compression, à réduire la latence, on pourrait avoir quelque chose de réellement utilisable. Pas pour jouer sérieusement, mais pour des démos, des expériences, des petits jeux indépendants en pixel art. Là, ça deviendrait vraiment cool.
Les limites à garder en tête
Ne rêve pas. La résolution native de la DSi, c’est 256×192. Les jeux PC modernes en 1080p, tu vas les voir comme un timbre-poste flou. Il faut viser des jeux en pixel art, des visual novels, des trucs lents et lisibles. Oublie les FPS, oublie les jeux de course, oublie tout ce qui demande de la précision à l’écran.
Le MJPEG, du coup, c’est à la fois la force et la faiblesse du truc. Simple à implémenter, mais gourmand et peu efficace. Un codec plus moderne type H.264 serait un bond en avant, mais la DSi n’a probablement pas la puissance pour le décoder en temps réel. On est coincé avec cette vieille techno, et c’est presque poétique.
Le mot de la fin (provisoire)
RNDS-Stream, c’est le genre de projet qui ne changera pas ta vie, mais qui te rappelle pourquoi tu aimes l’informatique. C’est sale, c’est incomplet, c’est expérimental, et c’est exactement pour ça que c’est intéressant. Les projets propres et finis, on les installe et on les oublie. Les hacks bancals comme celui-là, on en parle pendant des années.
Si tu veux creuser, je te renvoie vers la source originale qui a bien documenté le bazar : l’article de Korben sur RNDS-Stream. Il y a le lien vers le dépôt et les détails techniques. Prépare ton flashcart, installe Linux, et amuse-toi. Ou pas. Dans tous les cas, tu sauras que c’est possible. Et ça, mine de rien, ça n’a pas de prix.
Source : article original