AnyPS5 : la recompilation de jeux PS5 sur PC devient réalité
Faire tourner des jeux PS5 sur PC, sans streaming, sans boîtier loué à prix d’or, sans passer par le PS Plus Premium ? J’entends cette demande depuis des années au comptoir de mon atelier. La semaine dernière encore, un client débarque avec sa manette DualSense et me sort : « Marc, tu peux pas me mettre God of War sur mon portable ? » Je lui ai servi un café, j’ai soupiré, et je lui ai expliqué la réalité du terrain. Sauf que cette fois, la réalité vient de bouger. Un projet s’appelle AnyPS5, et il s’attaque à un truc que les émulateurs classiques n’ont jamais vraiment tenté.
Je ne suis pas certain à 100% que ça tienne la route sur le long terme. Mais d’après mon expérience en atelier, ce genre d’approche — réécrire plutôt qu’émuler — c’est souvent là que se cachent les vraies avancées.
Réécrire plutôt qu’émuler : le pari technique d’AnyPS5
Autant dire que la scène de l’émulation PS5, jusqu’ici, on la regardait de loin. Quelques projets grattent le firmware, d’autres tentent de faire causer le GPU de la console, mais personne n’a vraiment accouché d’un émulateur jouable dans le salon. AnyPS5 prend un chemin complètement différent. Le principe : tu lui files l’exécutable d’un jeu PS5, et il le réécrit en programme natif Linux ou Windows. Pas de couche d’émulation, pas de traduction à la volée. Une recompilation.
Concrètement, le binaire PS5 est transformé en binaire PC. Et là où ça devient intéressant, c’est que le projet remplace les bibliothèques Sony par les siennes. Les appels système, les fonctions graphiques, les routines audio — tout ce petit monde est réimplémenté côté PC. Du coup, le jeu ne « croit » pas tourner sur une PlayStation, il tourne vraiment sur ta machine, en code natif.
Pour être honnête, ce n’est pas une idée neuve neuve. Les recompilateurs statiques existent depuis des lustres dans le monde de l’émulation — on pense à des projets comme ceux qui ont fait tourner des jeux N64 en natif sur PC. Mais appliquer ça à la PS5, à cette échelle et avec ce niveau d’abstraction, mine de rien, c’est ambitieux. Très ambitieux.
Le détail qui tue : l’exécutable déchiffré
Voilà le gros hic. AnyPS5 ne déchiffre rien. Tu dois fournir l’exécutable du jeu déjà déchiffré. Traduction : il faut posséder le jeu, avoir une console capable de le lire, et avoir extrait le binaire toi-même. Autant dire que la barrière à l’entrée n’est pas franchie par monsieur Tout-le-monde.
Et là, je vais être direct : c’est aussi ce qui protège le projet d’un point de vue légal. Le type qui développe ça ne distribue pas de jeux. Il distribue un outil qui transforme un binaire que tu as fourni. C’est la même logique que les émulateurs depuis trente ans. Ça n’a pas empêché Nintendo de sortir les crocs, mais ça tient debout juridiquement.
Un seul jeu sur la liste officielle : les jeux PS5 sur PC attendront encore
Là, il faut redescendre sur terre. La liste officielle des jeux compatibles tient sur une ligne. Un seul titre. Pas trente, pas cent. Un. Et encore, avec des conditions : version spécifique, exécutable déchiffré, configuration PC musclée.
Je vois déjà les titres putaclic fleurir : « La PS5 émulée sur PC !!!! » Non. On n’y est pas. On est à l’étape où un développeur isolé prouve qu’un concept fonctionne sur un jeu. C’est fascinant, c’est prometteur, mais ce n’est pas jouable pour le grand public. Pas encore.
- Un seul jeu validé dans la liste officielle
- Exécutable déchiffré obligatoire — pas fourni par l’outil
- Cible Linux et Windows, pas de support macOS annoncé
- Projet jeune, en développement actif, documentation limitée
- Aucun contournement de DRM ou de protection Sony intégré
Du coup, ceux qui rêvent de lancer leur collection PS5 sur un PC de bureau, il va falloir patienter. Beaucoup. Ou alors mettre les mains dans le cambouis, compiler, tester, remonter les bugs. C’est un projet pour bricoleurs, pas pour joueurs pressés.
Mon avis tranché : c’est plus important que ça n’en a l’air
Je vais peut-être aller contre l’avis de pas mal de monde dans la communauté émulation, mais je pense que cette approche est plus prometteuse que les tentatives d’émulation classique de la PS5. Et je m’explique.
Émuler une PS5, c’est émuler un x86-64 avec un GPU AMD custom, un SSD ultra-rapide, un système d’exploitation complet, des services en ligne. C’est un cauchemar d’ingénierie. La recompilation, elle, contourne le problème : on ne simule pas la console, on traduit le jeu. Du coup, la charge de travail se déplace vers les bibliothèques Sony, qu’il faut réimplémenter une par une. C’est long, c’est ingrat, mais c’est fini à un moment donné. L’émulation, elle, ne l’est jamais vraiment.
Cela dit, je peux me tromper. Je ne suis pas dev de recompilateur, je suis technicien. Mon boulot, c’est de faire tourner des machines et de réparer ce qui casse. Et de ce que je vois, les projets de recompilation qui ont réussi (Mario 64 natif sur PC, par exemple) ont mis des années avant d’être utilisables par le pékin moyen. AnyPS5 suivra probablement la même courbe.
Ce que ça change pour le joueur PC normal
Rien. Ou presque. Pour l’instant, si tu veux jouer à des exclusivités PlayStation sur ton PC, tu as trois options : attendre le port officiel (ça arrive de plus en plus souvent, merci Sony), passer par le streaming (et prier pour ta connexion), ou acheter une PS5. AnyPS5, en l’état, c’est un projet de laboratoire. Pas une solution.
La semaine dernière, justement, un client me demande de lui « installer l’émulateur PS5 ». Je lui ai expliqué qu’il n’existe pas, qu’il n’existera probablement pas avant longtemps sous forme jouable, et que les trucs qui traînent sur les forums sont soit des arnaques, soit des malware déguisés. Il est reparti avec un SSD et un nettoyage de ventilo. C’est moins sexy, mais c’est utile.
Là où AnyPS5 change la donne, c’est sur le long terme. Si le concept tient, si la communauté s’y met, si les bibliothèques Sony sont réimplémentées petit à petit, on pourrait avoir dans cinq à dix ans un écosystème capable de faire tourner des jeux PS5 en natif sur PC. Pas par émulation. Par traduction. Et ça, mine de rien, ça n’a jamais été fait à cette échelle sur une console aussi récente.
Les obstacles que personne ne veut voir
Autant être franc : il y a des montagnes devant. La première, c’est la charge de travail. Chaque jeu utilise un sous-ensemble différent des bibliothèques Sony. Ce qui marche pour un titre peut ne pas marcher pour un autre. Ce n’est pas un émulateur qu’on configure une fois, c’est un chantier permanent.
La deuxième, c’est le support. Qui va maintenir ça ? Un développeur seul, ça tient six mois, un an, puis ça s’essouffle. Les gros projets d’émulation qui durent, ils ont une communauté, une gouvernance, des contributeurs. AnyPS5, aujourd’hui, c’est un projet jeune. La question du passage à l’échelle est ouverte.
La troisième, c’est Sony. Évidemment. Dès que le projet devient un tant soit peu visible, les avocats de la firme japonaise vont se pencher dessus. Et là, ce sera la question des exécutables déchiffrés qui reviendra sur la table. Techniquement, le projet est propre. Juridiquement, ça se défend. Mais Sony a les moyens de faire traîner les choses assez longtemps pour épuiser n’importe qui.
Verdict de technicien : à suivre, pas à installer
AnyPS5, c’est le genre de projet que je vais garder dans un coin de ma tête et regarder évoluer tous les six mois. Pas parce que je vais l’utiliser demain. Parce que si ça marche, ça change la donne pour toute la scène. Et parce que, pour être honnête, voir des gens s’attaquer à la recompilation PS5 alors que la console a même pas cinq ans, c’est culotté. J’aime bien les culottés.
Mon conseil, si tu es joueur PC et que tu tombes sur un tuto « installez AnyPS5 pour jouer à vos jeux PS5 » : méfie-toi. Le projet existe, le concept est réel, mais la liste de jeux compatibles tient sur un post-it. Attends. Regarde. Et si tu es du genre à compiler des trucs à 2h du matin, va jeter un œil au dépôt, tu comprendras vite où en est le chantier.
Pour les détails techniques et l’état actuel du projet, la source d’origine est ici : AnyPS5 sur Korben. Et si un jour ça tourne vraiment, tu me trouveras à l’atelier, un café à la main, en train de tester ça sur une vieille tour. Promis.
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