Windows 95 dans ton navigateur : le jour où mon vieux Pentium a pris sa retraite
La semaine dernière, un client m’appelle. Panique totale. Son logiciel de compta tourne sur un vieux coucou sous XP, et la machine vient de rendre l’âme. « Marc, il me faut un Windows 95 navigateur, tout de suite, j’ai des factures à sortir. » J’ai rigolé. Jaune. Parce que mine de rien, ça fait quinze ans que je dépanne des gens coincés entre deux époques, et je connais la chanson par cœur. Sauf que cette fois, le client n’avait pas tort : il existe bel et bien une solution pour faire tourner huit vieux systèmes d’exploitation directement dans un onglet, sans émulation, sans VM, sans usine à gaz.
Le nom du bonhomme derrière ça : Wieslaw Soltes. Un développeur qui a décidé de recoder entièrement Windows 3.1, 95, 98, Me, 2000, XP, Vista et même Mac OS 9 en JavaScript. Autant dire que quand j’ai vu ça, j’ai arrêté de démonter mon vieux Dell pour me pencher sur le dossier. Parce que ce n’est pas de l’émulation. C’est de la réécriture pure. Et ça change tout.
Windows 95 navigateur : pourquoi ce n’est PAS de l’émulation (et pourquoi ça compte)
D’habitude, quand tu veux faire tourner un vieil OS, tu sors VirtualBox, tu montes une image disque, tu bouffes 2 Go de RAM et tu attends dix minutes que ça démarre. Là, non. Rien n’est émulé. Tout est réécrit ligne par ligne en JS. Résultat : le système se lance en moins de deux secondes dans ton onglet Chrome ou Firefox.
Je ne suis pas certain à 100% du détail technique de l’implémentation, mais d’après mon expérience en atelier, quand tu réécris un OS plutôt que de l’émuler, tu gagnes énormément en réactivité. Pas de couche de traduction, pas de cycle perdu. Le navigateur exécute directement ce que le vieux système aurait exécuté sur un 486. Sauf que ton processeur actuel crache 2000 fois plus vite, du coup ça fuse.
Concrètement, ce que tu retrouves dans le navigateur :
- Le bureau, les icônes, la barre des tâches, le menu Démarrer
- Le fameux écran bleu, pour les nostalgiques
- Quelques applications basiques qui tournent vraiment
- Le look exact, jusqu’aux polices pixelisées dégueulasses qu’on adorait
Pour être honnête, la première fois que j’ai cliqué sur le menu Démarrer de Windows 95 dans un onglet, j’ai eu un frisson. Pas de nostalgie béate, hein. Un frisson de technicien. Celui qui se dit « putain, mais comment il a fait ça ».
Windows 3.1, 98, XP, Vista, Mac OS 9 : la collection complète
Ce qui me scotche, ce n’est pas Windows 95 tout seul. C’est la collection. Huit OS. Huit. Tu passes de Windows 3.1 à Vista en un clic, comme tu changerais de chemise.
Windows 3.1, pour les vieux de la vieille. 95, le monument. 98, celui qui plantait moins (en théorie). Me, le mal-aimé. 2000, le pro que personne n’a utilisé à la maison. XP, le roi absolu. Vista, le mouton noir dont tout le monde se moque encore vingt ans après. Et Mac OS 9, pour les fans de la Pomme qui veulent se rappeler l’époque où Apple n’avait pas encore inventé l’iPhone.
Mon avis tranché ? Vista n’a rien à foutre là. Sérieusement. Qui a envie de revivre Vista ? Personne. Même Microsoft a fait comme si ça n’avait jamais existé. Mais bon, ça complète la collection, et mine de rien, ça permet de comparer ce qui marchait et ce qui ne marchait pas.
Là où je m’attendais à un truc bancal, en fait, c’est fluide. Pas de lag. Pas de crash. Les fenêtres se déplacent, les menus s’ouvrent, les icônes répondent. Autant dire que si on m’avait dit ça il y a dix ans, j’aurais explosé de rire.
VB6 Studio Web : compiler un .exe Windows depuis ton navigateur
Et là, ça devient carrément fou. Parce que le monsieur n’a pas seulement recodé des OS. Il a aussi recodé Visual Basic 6. Dans le navigateur. Et ça compile de vrais .exe Windows.
Relis la phrase précédente. Visual Basic 6. Le langage que Microsoft a abandonné en 2008. Celui qui fait encore tourner la moitié des PME françaises. Celui que je croise encore dans mon atelier tous les mois, sur des machines que personne n’ose toucher de peur de tout casser.
Là, tu ouvres un onglet, tu tapes ton code VB6, tu cliques sur compiler, et tu récupères un exécutable Windows natif. Pas un truc qui tourne dans une sandbox. Un vrai .exe que tu peux balancer sur une clé USB et lancer sur n’importe quelle bécane Windows.
J’ai testé, forcément. Un petit programme à la con, une fenêtre avec un bouton et un message. Compilé en trois secondes. Lancé sur mon poste de test. Il a tourné. Du coup j’ai rappelé mon client de la semaine dernière pour lui dire d’arrêter de stresser, qu’on allait pouvoir récupérer son appli de compta sans racheter un PC.
Évidemment, je tempère. Ce n’est pas magique. Les bibliothèques exotiques, les contrôles ActiveX bizarres, les trucs qui dépendent du registre Windows à des endroits improbables — ça ne passera pas. Mais pour 80% des applis VB6 que je vois passer, ça ferait le job. Et ça, pour un indépendant comme moi, c’est une putain de bouffée d’air.
Le vrai intérêt pour un dépanneur (et pour toi)
Je vais être direct. La nostalgie, ça amuse cinq minutes. Tu lances Windows 95 dans ton navigateur, tu cliques sur le menu Démarrer, tu souris, tu fermes l’onglet. Super.
Mais l’intérêt réel de ce projet, il est ailleurs. Et il est énorme.
- Formation et démonstration : montrer à un stagiaire comment fonctionnait un OS des années 90 sans sortir une VM de 4 Go
- Support client : reproduire un bug dans Windows 98 en trois clics, sans casser ta machine de prod
- Sauvetage de vieux logiciels : faire tourner une appli métier abandonnée sans maintenir un parc de vieux PC
- Archivage numérique : garder trace d’un patrimoine informatique qui part en poussière
Ce que je vois, c’est un outil de travail. Pas un gadget. Et pour être honnête, ça tombe à pic, parce que le marché du rétro-computing explose depuis deux ans. Les boîtes qui ont des applis métier bloquées sur XP ou 98, il y en a des milliers en France. Des milliers. J’en croise une toutes les deux semaines.
Après, faut pas se voiler la face. Ce n’est pas supporté officiellement, ça peut casser demain, et si tu mets ta compta dessus sans sauvegarde, tu joues à la roulette russe. Mais comme outil de transition, de test, de secours ? Du pain béni.
Ce que ça dit de notre métier (et pourquoi je reste méfiant)
Il y a un truc qui me dérange dans cette histoire. Un type tout seul, dans son coin, a recodé huit OS et un langage de programmation en JavaScript. Huit OS. Un langage. Tout seul. En navigateur.
Microsoft, à côté, fait des mises à jour qui cassent l’impression. Apple sort des OS qui bouffent 8 Go de RAM pour afficher un fond d’écran. Et un indépendant polonais (ou pas, je n’ai pas vérifié) te sort un truc qui démarre en deux secondes et qui pèse moins qu’une photo de vacances.
Autant dire que ça remet les pendules à l’heure. Le logiciel moderne est devenu obèse, lourd, dépendant de cinquante frameworks. Ce projet, c’est une claque. Une claque qui dit : « regardez ce qu’on peut faire avec du JS basique et de la rigueur ».
Maintenant, je reste méfiant sur un point. La sécurité. Tu fais tourner un OS réécrit dans ton navigateur, tu lui donnes accès à ton presse-papiers, à ton stockage local, à ton DOM. Je ne suis pas certain à 100% des protections en place, mais d’après mon expérience, ce genre d’outil ne devrait jamais toucher à des données sensibles. Jamais. Utilise-le pour tester, pour former, pour archiver. Pas pour gérer tes mots de passe.
Et puis il y a la question du support. Qui maintient ça dans trois ans ? Qui corrige les bugs ? Qui répond quand un client me dit « ça marche plus chez moi » ? Personne, probablement. C’est le problème de tous ces projets géniaux portés par un seul homme. Ça brille, puis ça s’éteint.
Comment je l’utilise en atelier (et ce que j’en recommande)
Concrètement, voilà ce que je fais depuis une semaine.
Quand un client m’apporte un vieux logiciel à sauver, je commence par le faire tourner dans le Windows 95 navigateur ou dans le XP, histoire de voir s’il s’agit d’un problème d’OS ou d’appli. Ça m’évite de monter une VM pour rien. Gain de temps : facile une heure par intervention.
Quand j’ai un stagiaire, je lui fais ouvrir Windows 3.1. Cinq minutes. Il comprend instantanément d’où on vient, pourquoi les interfaces actuelles sont ce qu’elles sont, et pourquoi le menu Démarrer a été une révolution. Ça vaut tous les cours théoriques du monde.
Et pour les applis VB6 que je ne peux pas recompiler faute d’environnement propre, je teste dans VB6 Studio Web. Pas toujours concluant, mais quand ça marche, ça sauve une journée de boulot.
Mon conseil, si tu es technicien ou simplement curieux : va voir, teste, garde le lien dans tes favoris. Ce n’est pas la solution à tous tes problèmes. C’est un outil de plus dans ta caisse. Et des outils comme ça, mine de rien, ça ne court pas les rues.
Pour les curieux qui veulent creuser le sujet, tout part de là : Les news de Korben — Il a entièrement recodé 8 vieux OS en HTML + un VB6 qui sort des .exe. Wieslaw Soltes mérite qu’on s’attarde sur son travail, ne serait-ce que pour se rappeler qu’un bon développeur seul peut encore mettre une claque à des équipes entières.
Source : article original