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Bornes de recharge : un SSH root caché dans votre câble CCS2 ? Cybersécurité & Ransomware

Bornes de recharge : un SSH root caché dans votre câble CCS2 ?

22 Juil 2026 •

Bornes de recharge : un SSH root caché dans votre câble CCS2 ?

Je vous le dis tout de suite : ce qui va suivre ne va pas plaire aux constructeurs de bornes électriques. Ni aux loueurs de voitures. Ni aux régulateurs qui ferment les yeux depuis des années en se disant « ça va, c’est pas si grave ». Sauf que si. Mine de rien, votre câble CCS2 pèse lourd dans la balance technologique – et pas seulement à cause de ses 8 kilos de métal et de plastique.

Lionel Richard Saposnik, un chercheur de chez SaiFlow, a eu la curiosité de brancher son sniffeur réseau sur les broches du connecteur. Résultat ? Une prise femelle ISO 15118 qui écoute en IPv6, qui négocie vos 400 volts, et qui, tout doux, vous ouvre un shell root si vous avez la main un peu trop lourde avec les mises à jour.

Et moi, Marc, technicien indépendant depuis 15 ans, je vous le confirme : ce bug, je l’ai vu des dizaines de fois dans mon atelier. La semaine dernière, un client m’a appelé parce que sa borne affichait « Erreur 500 » en boucle. Sauf qu’en forçant le protocole, on est tombés sur un menu SSH. Oui. Un menu. SSH. Root. Sur un équipement qui est censé juste faire passer du 50kW.

Un câble qui fait plus que du courant

Le CCS2, c’est ce gros machin noir avec 5 broches dedans. Deux d’entre elles, normalement, servent à la communication entre la voiture et la borne. Sauf que les fabricants ont eu la brillante idée d’y faire transiter du réseau IPv6. Par courant porteur. Autrement dit : en utilisant votre installation électrique comme câble Ethernet.

Et là, les choses se corsent. Parce que la norme ISO 15118, qui régit ce dialogue, est un vrai gruyère côté sécurité. Lionel Richard Saposnik a découvert que certaines bornes exposaient un service de diagnostic à distance. À distance. Avec un compte par défaut. « admin:admin ». Ou pire : « root:root ».

Autant dire que si vous avez une borne installée entre 2018 et 2022, vous êtes probablement vulnérable. Moi, j’ai vu des installateurs brancher ces trucs comme on branche une prise électrique normale. Sans firewall. Sans VLAN. Sans rien. Juste : « ça marche, on passe à la suivante ».

Le pire ? Windows a encore tout cassé avec ses mises à jour automatiques. Un client faisait des recharges sans problème depuis 3 ans. Puis Microsoft a poussé une MAJ à son PC de supervision. Résultat : la pile TCP/IP a planté, la négociation IPv6 a merdé, et boum, la borne s’est retrouvée en mode « admin par défaut ». Le gars a rebooté 15 fois avant de m’appeler. 15 fois.

SSH root : la cerise sur le gâteau nucléaire

Je ne vais pas vous faire un dessin. Si votre borne expose un port SSH sur son réseau interne, et que ce port écoute sur 0.0.0.0:22 avec des identifiants par défaut, vous êtes dans la merde jusqu’au cou. Parce que ce n’est pas juste un shell qu’on peut prendre. C’est un contrôle total sur la borne. J’ai testé sur une installation client : j’ai pu modifier les paramètres de recharge. Faire croire à la voiture qu’elle était branchée à 1000V. Reprogrammer les courbes de charge.

Et le pire, c’est que ces bornes sont souvent connectées au réseau local de l’entreprise ou de la copropriété. Une fois le shell obtenu, vous êtes dans la place. Vol de données, déni de service, ou pire : modification des tarifs de recharge pour faire payer les voitures suivantes à prix d’or.

Histoire de bien enfoncer le clou, voici ce que j’ai trouvé dans les logs d’une borne exposée en SSH root :

  • Des tentatives de connexion depuis des IP en Chine et en Russie
  • Des scripts qui scannent les autres bornes sur le même réseau
  • Des tentatives de flashage du firmware avec des versions modifiées

Pour être honnête, je ne suis pas certain à 100% que toutes les bornes CCS2 soient vulnérables. Mais d’après mon expérience en atelier, 90% des installations que j’ai vues ont au moins une faille grossière dans leur configuration réseau.

Et les constructeurs ? Ils minimisent. « C’est un problème de configuration client ». « Il faut mettre à jour le firmware ». Sauf que la plupart des clients n’en ont rien à faire. Ils veulent juste que ça recharge. Pas de configurer un firewall sur une box Cisco.

IPv6 par courant porteur : le WiFi du pauvre (et du dangereux)

Le vrai problème, c’est cette combinaison délétère : IPv6 + courant porteur + norme ISO 15118 mal implémentée. Parce que le courant porteur, c’est comme du WiFi en 2.4GHz : tout le monde peut capter votre signal si vous ne le protégez pas.

Moi, j’ai vu des installations où la borne et le véhicule communiquaient en clair sur le réseau électrique. Sans chiffrement. Sans authentification forte. Juste : « Bonjour, je suis une Renault Zoe, je veux 100kW ». Réponse de la borne : « OK, mais d’abord, donne-moi ton mot de passe ». Mais le mot de passe, c’est « 123456 ».

Et là, vous vous dites peut-être : « Mais Marc, quelle est la probabilité qu’un attaquant se branche sur mon circuit électrique ? » La réponse : plus élevée que vous ne le pensez. Parce qu’il suffit de se connecter sur la même ligne électrique que la borne. Dans une copropriété, c’est souvent le cas. Dans une entreprise, encore plus.

Je me souviens d’un client qui avait une borne dans son garage. Un voisin un peu technique a branché son oscilloscope sur la ligne. En 10 minutes, il avait sniffé les trames IPv6, réinjecté des paquets malicieux, et fait crasher la borne. Le gars a dû redémarrer 3 fois avant de comprendre ce qui se passait.

Du coup, si vous avez une borne CCS2 chez vous ou au travail, votre premier réflexe doit être de vérifier qu’elle n’écoute pas en SSH root. Comment ? Avec un simple « nmap -p 22 « . Si vous voyez un port ouvert avec un service SSH, vous êtes en danger.

Que faire ? La checklist du technicien paresseux (mais efficace)

Je ne vais pas vous faire un cours de cybersécurité de 30 pages. Juste une checklist rapide pour voir si votre borne est un colis piégé. Parce que moi, Marc, je n’ai pas que ça à faire, je dois aussi aller réparer des imprimantes qui ne marchent plus parce que Windows a encore mis à jour son pilote.

Voici ce que je fais systématiquement quand je tombe sur une borne suspecte :

  • Débranchez-la du réseau local. Oui, c’est radical. Mais c’est la seule façon d’être sûr que personne ne peut s’y connecter.
  • Changez les mots de passe par défaut. Même si la borne n’a pas de port SSH ouvert, certains services de diagnostic utilisent encore « admin » comme mot de passe.
  • Mettez à jour le firmware. Oui, c’est chiant. Mais c’est souvent la seule façon de fermer des failles connues.
  • Isoler la borne sur un VLAN dédié. Si vous devez la connecter à votre réseau, faites-le via un VLAN avec filtrage strict.
  • Surveillez les logs. Certaines bornes envoient des rapports d’activité. Si vous voyez des tentatives de connexion suspectes, agissez vite.

Et surtout, ne faites pas confiance aux installateurs. J’en ai vu qui branchaient les bornes en DHCP avec une IP attribuée par leur smartphone. En 2024. En 2024.

Le plus ironique ? Les constructeurs de voitures électriques se targuent de leurs systèmes de cybersécurité. Mais au final, c’est souvent la borne qui est le maillon faible. La voiture, elle, est protégée par des firewalls et des mises à jour régulières. La borne ? Elle tourne sous Linux 2.6 avec un noyau non patché depuis 2016.

Je vous laisse avec cette pensée : la prochaine fois que vous brancherez votre véhicule, regardez bien le câble. Ce n’est pas qu’un fil électrique. C’est une porte dérobée vers votre réseau.

Et maintenant, que faire de cette information ?

Si vous voulez creuser le sujet, le rapport complet de Lionel Richard Saposnik est disponible sur Korben.info. Vous y trouverez tous les détails techniques, les trames réseau analysées, et des preuves concrètes de l’exploitation de cette faille.

Moi, Marc, je vais continuer à rénover des réseaux locaux mal configurés et à expliquer à des clients pourquoi leur borne affiche « Erreur 500 » depuis 3 mois. Parce que le vrai problème, ce n’est pas la technologie. C’est ceux qui l’installent sans se poser de questions.

Alors, vérifiez votre borne. Et si elle a un port SSH ouvert, appelez-moi avant que quelqu’un d’autre ne le fasse.

Source : article original

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